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30/01/2007

Maus - un survivant raconte

medium_Maus1.2.jpgMaus est une bande-dessinée d'Art Spiegelman, en deux volumes :

- Mon père saigne l'histoire

- Et c'est là que mes ennuis ont commencé 

A travers le dialogue entre l'auteur et son père (juif survivant des ghettos polonais et d'Auschwitz), elle constitue un témoignage historique sur les mesures anti-juives du IIIème Reich et sur la Shoah.

Mais elle aborde également les thèmes de l'antisémitisme juste aprés la 2ème guerre mondiale,  du racisme de la part des juifs, et de la difficulté pour l'auteur d'avoir un père "survivant", de faire partie de cette 1ère génération "d'après", et de gèrer un succès littéraire basé sur la Shoah.

 medium_Maus2.jpgEn noir et blanc, simpliste, le trait n'en demeure pas moins puissant. Rarement j'ai été autant pris aux tripes par une bande dessinée.

Art Spiegelman utilise le zoomorphisme, et les juifs sont des souris (Maus = souris en allemand), les allemands des chats, les polonais des cochons, les français des grenouilles, les américains des chiens, les suédois des rennes ...

C'est une référence à l'imagerie de propagande nazie qui représentait les juifs en rats, et les polonais en porcs.

On pourrait penser que ce parti-pris d'animaliser les personnages rende le discours moins dur, mais c'est en fait le contraire qui se passe, et certaines illustration suintent vraiment l'horreur. On ne peut pas sortir indemme de cette lecture.

Il y a une sorte de détachement dans la narration par le père de toute cette histoire. La volonté de survivre à tout prix, même après ...

Si vous voulez vous prendre une bonne claque esthétique et surtout intellectuelle, je ne saurais trop vous conseiller la lecture de ces deux volumes. 

28/11/2006

Who watches the Watchmen ..?

Je suis fan de comics ... Et un de mes chocs littéraires & esthétiques en la matière fut quand je me suis plongé dans la lecture de l'intégrale des Watchmen (Les Gardiens) de Alan Moore (à la plume) et Dave Gibbons (aux pinceaux).

Le pitch :

L'histoire se déroule à New York, en 1985. Aux États-Unis, depuis 1977 et la loi Keene, l'activité des superhéros est illégale. Seuls quelques-uns restent à la solde du gouvernement. Les autres vieillissent et s'interrogent sur leur inutilité. Il semble pourtant que quelqu'un cherche à éliminer un à un les membres d'un ancien groupe, comme si leur présence constituait une menace. Rorschach, vengeur masqué et psychopathe qui a préféré devenir un hors-la-loi plutôt que d'accepter les nouvelles règles, mène l'enquête. Il cherche à convaincre ses anciens partenaires qu'un tueur est après eux. Un tueur derrière lequel se cache une terrible vérité.

Les personnages :

medium_moore-watchmen.jpg( de haut  en bas et gaucheà droite)

Doc Manhattan, Le Comédien

Le Spectre Soyeux (II), Ozymandias

Capitaine Métropolis, Le Hibou (II)

Rorschach

 Aucun, mis à part Doc Manhattan, ne présente de super-pouvoir particulier ... Vulnérables, humains, imparfaits, ils ont autant de qualités que de défauts et font preuve, pour la plupart, d'un mélange de cruauté et d'égoïsme.

 

L'univers :  une réalité alternative ... en 1959, l'apparition du Docteur Manhattan, un surhomme, presque l'égal d'un Dieu, boulverse le déroulement de l'histoire telle que nous la connaissons ... Les États Unis gagnent la guerre du Viet-Nam, le scandale du Watergate est étouffé, et en 1985, Nixon est toujours président. Le monde est au bord de la guerre mondiale, et la fin du monde sous-tend toute l'histoire.

 

Le récit : ici on devrait plutôt dire LES récits. Le grand génie de Alan Moore est en effet d'entremêler différents récits sur différents plans ... présents / flash-backs ... intrigue principale et suivi de personnages secondaires ... on trouve même tout au long de l'histoire des extraits d'un magazine horror-comics (genre contes de la crypte) que lit un des personnages secondaires ... tout est lié et se mêle pour finalement  donner une histoire d'une profondeur étonnante.Cette profondeur est accentuée par l'ajout dans l'album de plusieurs pages de documents écrits issus de l'univers des Watchmen. Articles de journaux, longs passages du journal intime de l'un des personnages.

Le titre est un jeu de mots sur le double sens du mot watch qui en anglais signifie regarder, surveiller, mais désigne également une montre. Le récit s'étend, de fait sur 12 chapitres, chacun s'ouvrant sur une horloge le rapprochant petit à petit de Minuit. On retrouve régulièrement dans le récit cette image du temps qui avance inexorablement vers la fin du monde, notamment par l'introduction récurrente d'un smiley orné d'une tache de sang en forme d'aiguille d'horloge.

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C'est noir, intelligent, puissant, narrativement parfait, graphiquement fort, chargé d'un symbolisme omniprésent ... Ça va au delà de la simple  bande dessinée pourl flirter avec la nouvelle littéraire et l'oeuvre cinématographique. Si vous ne connaissez pas encore, je vous conseille de vous y plonger ... (ça pourra également servir à TAJ pour son projet de cape flottante, puisque l'homosexualité plus ou moins explicite de certains protagonistes est également un des fils dans la trame du récit)